Dans le paysage montagneux de Şengal, où l’histoire et la mémoire sont profondément liées, le nom de Zerîfe Ûsê continue de vivre comme un puissant symbole de la résistance ézidie. Son histoire, transmise de génération en génération, reflète non seulement le courage face à l’oppression, mais aussi la force durable de l’identité ézidie et des valeurs du Sharfadin.

Zerîfe Ûsê est restée dans les mémoires comme une femme qui s’est opposée à l’autorité ottomane et qui a contribué à mobiliser son peuple à une époque de menace et d’instabilité. Selon des récits locaux, elle a joué un rôle central dans l’organisation de la résistance, guidant les siens et défendant leur mode de vie. Ses actions n’étaient pas seulement des actes de défi, mais aussi de protection — de la terre, de la foi et de la dignité.

Aujourd’hui, sa maison dans le village de Bekira, situé au pied du mont Şengal, demeure un lieu d’une profonde importance culturelle et spirituelle. Construite en pierre et préservée au fil du temps, elle est visitée par des Ézidis qui la considèrent comme bien plus qu’un site historique. C’est un lieu de mémoire, où des bougies sont allumées le mercredi et lors d’occasions religieuses, reflétant des traditions enracinées dans le Sharfadin. Dans les périodes difficiles, des personnes se sont également tournées vers ce lieu pour y chercher protection et force.

L’histoire de Zerîfe Ûsê met également en lumière une réalité plus large et souvent négligée : le rôle central des femmes ézidies dans l’histoire. Au fil des générations, les femmes ont non seulement préservé la culture et la foi, mais ont aussi activement façonné des moments de résistance et de survie. Des figures comme Zerîfe Ûsê rappellent que le leadership et le courage au sein du peuple ézidi n’ont jamais été limités par le genre.

Malgré son importance, Zerîfe Ûsê — comme de nombreuses femmes ézidies historiques — reste largement absente des récits historiques dominants. Des efforts sont aujourd’hui menés pour retrouver et documenter ces histoires afin qu’elles ne soient pas perdues. Des chercheurs et des initiatives culturelles à Şengal continuent de retracer ces histoires, en soulignant leur importance pour les générations futures.

Le lien entre le peuple ézidi et les montagnes de Şengal est également au cœur de cette histoire. Pendant des siècles, ces montagnes ont servi de lieux de refuge et de survie. Comme l’exprime une perspective locale : ce sont les montagnes qui ont protégé les Ézidis, préservant leur existence à travers des périodes répétées de persécution.

L’héritage de Zerîfe Ûsê ne se limite donc pas au passé. Il continue de façonner l’identité, la mémoire et la capacité de résistance dans le présent. Son nom perdure dans les récits, dans les chants et même dans les prénoms donnés aujourd’hui aux filles ézidies, garantissant ainsi que son courage ne soit ni oublié ni réduit au silence.